Climat : faut-il tirer un trait sur la viande ? #1

Quel meilleur sujet pour s’écharper entre amis ou entre collègues que la place de la viande dans nos assiettes ? Entre défi climatique, art culinaire, arguments de santé, enjeux éthiques, sociaux, économiques, faim dans le monde, déforestation, algues vertes et risques sanitaires, vous avez sous la main tous les ingrédients pour vous mijoter un débat bien saignant. Tentons d’adapter le sujet à notre sauce (et de rester sous la barre des dix blagues téléphonées) en répondant à la question suivante : quelle place pourrait demain avoir la viande dans nos assiettes si nous voulons rester en phase avec nos engagements pour le climat ?

 

Il est désormais consensuel de considérer qu’en moyenne, nous mangeons en France plus de viande que nécessaire, notamment pour notre santé. Il existe de nombreux leviers pour impulser des changements : restauration collective, sensibilisation à la nutrition, coaching et challenges pour cuisiner varié sans se prendre la tête, entre autres. 

 

Nous sommes de plus en plus conscients également que notre consommation de viande a un impact en termes d’effet de serre. Mais lorsque l’on envisage de promouvoir des alternatives, se pose alors la question de déterminer où placer le curseur : quel niveau de changement est nécessaire ? Et quel degré de changement est souhaitable ?

 

Engloutir le sujet en un seul article pourrait s’avérer indigeste. En guise de hors d’œuvre, nous allons déjà essayer de nous mettre d’accord sur l’impact qu’a la viande sur notre empreinte carbone. On verra ensuite dans quelle mesure il est possible ou non d’espérer décarboner l’élevage, avant de nous demander dans quelle mesure un avenir 100% végétarien serait possible et/ou souhaitable, histoire de faire glisser le tout. 

 

 

Le point sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à l’élevage

 
Ce qui est sympathique avec l’élevage, c’est qu’on peut tout de suite faire très compliqué, car sous un nom générique, on regroupe en fait une multitude de réalités très différentes. Les sources d’émissions de GES sont donc multiples, et peuvent elles-mêmes dépendre de différentes variables.
 

La fermentation entérique (c’est à dire issue de la digestion), émet du méthane (CH4). Elle concerne presque exclusivement les ruminants, mais c’est pourtant la première source d’émissions de gaz à effet de serre (GES) dues à l’élevage. Pour l’anecdote, notez au passage que le méthane est surtout expulsé par la bouche, et non par où vous savez.

 

Les effluents (déjections animales) émettent du méthane et du protoxyde d’azote (N2O). Le ratio entre les deux varie suivant le mode de gestion des déjections (lisier liquide vs fumiers plus ou moins secs)

L’alimentation des animaux génère des gaz à effet de serre de plusieurs façons. La fertilisation des cultures fourragères et des pâtures émet du protoxyde d’azote. La fabrication des engrais de synthèse et des pesticides génère du CO2, tout comme l’expansion des pâturages et des cultures fourragères au détriment d’espaces naturels comme les forêts (changement d’utilisation des terres). Enfin, tous ces aliments produits doivent être transformés et acheminés, ce qui consomme de l’énergie.

 

Le reste de la consommation d’énergie est due aux bâtiments d’élevage, ainsi qu’au transport et aux transformations qui ont lieu en aval de la filière.

 

Quelle part de l’alimentation dans nos leviers d’action ?

 

Comme vous avez pu le voir, le bilan carbone de l’élevage empiète rapidement sur d’autres domaines, notamment les transports et l’industrie. De fait, comparer les données issues d’études différentes, utilisant des périmètres différents, ne permet pas toujours d’obtenir des comparaisons pertinentes (voir l’article de youmatter sur ce sujet). Il devient alors difficile de se mettre d’accord sur des priorités d’action.

 

Essayons donc de nous baser sur une seule étude, à savoir celle du cabinet Carbone 4, parue en juin 2019, intitulée Faire sa part. Elle analyse comment la France, si elle s’aligne sur ses engagements climatiques, peut répartir la baisse de ses émissions des GES afin de les réduire de 80%. L’étude essaie notamment de déterminer qui peut faire quoi, et dresse trois catégories d’actions : “changements des comportements individuels” (ex: je baisse mon chauffage), “investissements des ménages” (ex: je change ma chaudière au fioul pour une pompe à chaleur électrique), et “transformation systémique”, (ex: le fabricant a décarboné le process de fabrication de ma pompe à chaleur et mon électricité est décarbonée).

Source : Carbone 4, “Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’État face à l’urgence climatique”, 2019

Quand on regarde du côté des comportements individuels, manger moins de viande est de très loin l’action qui permet en moyenne d’avoir le plus d’impact (autant que réduire la voiture, l’avion, les appareils neufs et les déchets, le tout réuni).

 

Mais, comme vous l’avez compris, il faut aussi tenir compte des autres formes d’action indispensables, à la fois au niveau individuel et collectif. Quand on fait les comptes, la baisse de l’alimentation carnée peut totaliser, suivant les scénarios de l’étude, 6 à 12% de l’effort de la France. Dans le premier cas (cf graphe ci-dessous), cela suppose que l’on divise par deux la consommation de viande et de poisson. La fourchette haute signifierait l’adoption, par 100% de la population, d’un régime exclusivement végétarien (nous verrons dans quelle mesure cela semble ou non souhaitable).

 

Source : Carbone 4, “Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’État face à l’urgence climatique”, 2019

 

En conclusion, donc : agir sur sa consommation de viande est généralement le moyen le plus efficace de contribuer quotidiennement, en adoptant de nouvelles habitudes, à la lutte contre l’effet de serre. Au niveau global, les trois quarts de notre empreinte sont bel et bien liés au logement, à nos déplacements, ainsi qu’à notre consommation de biens et de services. Pour autant, il n’est pas possible d’exclure l’alimentation de l’équation, et dans les deux scénarios qu’on a évoqués, il est question de bousculer radicalement nos habitudes alimentaires.

 

Mais comment se fait-il, me demanderez-vous, qu’aucune hypothèse ne repose intégralement sur une transformation systémique ? Pourquoi semble-il impossible de garder nos habitudes alimentaires actuelles en décarbonant l’élevage lui-même ? Un peu de patience, nous répondrons très prochainement à cette question. 

 

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